À côté des centaines de milliers de modèles issus du département, où
cet artisanat d'art a connu son apogée à la fin du XIXe siècle, le
musée a acquis depuis son inauguration en 2007 « quelques trésors »,
qui sont expertisés sur place, explique son directeur, Bruno Ythier.
«
Il existe des centres de recherche sur les tissus mais on voudrait
combler un vide en ce qui concerne la dentelle », témoigne à ses côtés
Youlie Spantidaki, spécialiste grecque en biologie moléculaire et en
tissus archéologiques, qui séjourne régulièrement dans ce bourg de
Haute-Loire de 2.500 habitants pour mettre ses connaissances à
disposition du musée.
Un colloque réunissant des scientifiques
allemands, suisses, italiens, anglais et américains est d'ailleurs
prévu au printemps prochain, et différents stages sont organisés à
destination des spécialistes. Et le musée des Tissus de Lyon comme Le
Louvre font expertiser une partie de leur collection ici.
Des
demandes proviennent également des États-Unis, où de nombreuses pièces
ont été classées selon les critères de connaissance des années 1920,
avant la crise de 1929, sans être revues depuis.
À Retournac, un
scanner jouxte les traditionnels microscopes. Il a été spécialement
encastré dans une table en bois sur laquelle la scientifique grecque
Youlie Spantidaki peut dérouler les tissus sans les détériorer.
« On peut numériser les pièces à très haute définition, agrandir les motifs et même rentrer dans le fil pour analyser la
nature des fibres », raconte M. Ythier.
Avant
le XIXe siècle par exemple, les dentellières utilisaient de la soie et
du lin, remplacés ensuite par le coton, un élément qui permet
d'effectuer une première datation.
Mais l'étude scientifique ne
s'arrête pas là : « La technique, les motifs, nous racontent les gens,
la société, nous disent quelque chose sur cette société », souligne Mme
Spantidaki.
Elle observe, grâce au scanner, le grossissement d'une
dentelle italienne du début du XVIIe siècle, ornée d'aigles bicéphales.
« Ce que l'on pourrait prendre ici pour une sirène à deux queues est en
fait un Indien avec sa coiffe en plumes et son pagne », dont on voit
même le nombril, invisible à l'œil nu, ajoute-t-elle. Et « au-delà de
la partie iconographique, nous découvrons tout un contexte, une époque,
comme cette période succédant à la Découverte (de l'Amérique), où les
Indiens deviennent des motifs de décoration ». Les études et photos
détaillées sont ensuite mises en ligne sur le site du musée où
collectionneurs, conservateurs et restaurateurs du monde entier peuvent
comparer avec leurs propres pièces et enrichir l'histoire du précieux
tissu.
Article paru le : 7 avril 2009
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